histoire

Histoire

Mon grand-père, Josep Romanyà, était compositeur-typographe et travaillait pour une imprimerie à Capellades. Lorsque son chef a décidé de quitter Capellades, ma grandmère, Maria Valls, une personne énergique et déterminée, a encouragé mon grand-père à créer sa propre imprimerie. Nous étions en 1955. Ils ont acheté une minerve d’occasion, une machine à imprimer par typographie, et ils ont commencé à exercer leur activité dans leur propre salle à manger, en imprimant des avis de décès et des faire-part de communion et de mariage, dont mon grand-père assurait la composition.

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Mon oncle Josep Romanyà, ma mère Gemma Romanyà, ma grand-mère Maria Valls et mon grand-père Josep Romanyà. Mon oncle Joan Romanyà, l’aîné des trois frères, n’apparaît pas sur cette photo, car il faisait alors son service militaire.
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La minerve Kale, la première machine qu’ils ont achetée.

En 1958, ils ont imprimé leur premier livre, intitulé Primer llibre de Capellades. Dans le cadre d’une interview, ma mère, Gemma Romanyà, a expliqué à propos de ce livre : « Pour imprimer les illustrations, des moules en métal ont été préparés et le texte a été composé par mon père, lettre par lettre, avec des caractères en métal… ».

Concernant le métier de son père, ma mère a déclaré : « J’étais émerveillée par sa capacité à transformer un manuscrit, souvent présenté n’importe comment, truffé de fautes d’orthographe, etc., en un texte imprimé soigné, ordonné, équilibré, qui mettait en valeur ce qui méritait de l’être au moyen de caractères plus grands, en parfaite harmonie avec les caractères les plus petits. Je me disais : mon père est un artiste ! »

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Photo du Primer llibre de Capellades, tiré à 70 exemplaires.

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Mon oncle, Joan Romanyà, à 19 ans, en 1955.

Mon oncle Joan Romanyà travaillait dans une autre imprimerie du village, où il effectuait des travaux d’impression. Il a rapidement rejoint le projet familial, d’abord pour aider son père, puis pour apporter sa propre initiative. C’est avec lui que Romanyà Valls est devenue une entreprise d’envergure industrielle.  Au début des années 1970, mon oncle a acheté des terrains à La Torre de Claramunt, ainsi qu’une première presse rotative et une ligne de reliure. Sur le marché de l’imprimerie des années 1970, les livres étaient imprimés sur des presses à plat, et le marché était fragmenté : certains ateliers qui assuraient l’impression, d’autres le pliage et d’autres encore la reliure. La couverture du livre était imprimée à un endroit, le corps du livre à un autre.

Mon oncle a alors décidé d’imprimer les livres sur une rotative plutôt que sur une presse à plat. Le prix du papier était moins élevé et le processus était plus rapide, parce que la rotative permettait d’obtenir les cahiers, les feuilles déjà pliées, alors qu’avec la presse à plat, le papier devait être plié séparément. Mon oncle a également eu l’idée de livrer un livre fini, imprimé et relié, ce qui constituait un service novateur à l’époque.

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1972, construction de la première usine. Tout autour, il n’y avait que des champs.
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L’imprimerie au début des années 1970, avec la presse à plat pour l’impression des couvertures, et à l’arrière, la rotative pour le corps d’ouvrage.
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L’imprimerie au début des années 1970, avec un éclairage différent, vue sous un autre angle.
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Ma mère sur le chariot élévateur, déplaçant des cahiers imprimés.

Mon oncle est mort très jeune, à 38 ans à peine, et ma mère, qui n’avait que 28 ans, a décidé de prendre la relève. Elle se sentait responsable des huit employés qu’ils avaient déjà, et elle voulait défendre l’œuvre de son frère Joan et de toute la famille. L’entreprise était déjà en marche, avec un parc de machines flambant neuf et des prêts bancaires considérables à rembourser. Grâce à elle, Romanyà Valls s’est fait connaître dans le secteur éditorial, l’imprimerie a acquis un certain prestige et a commencé à imprimer des livres pour des maisons d’édition renommées. C’était une personne d’une énergie impressionnante, très rigoureuse, courageuse et se montrant à la hauteur de ses engagements auprès des clients.

Elle était pionnière, cherchant toujours à avoir une longueur d’avance. Nous avons été les premiers à mettre en place le CTP (Computer to Plate) en 1997. Parfois, ses choix ne donnaient pas les résultats escomptés : elle s’est engagée trop tôt dans l’impression numérique, au début des années 2000, alors que le marché n’était pas encore prêt. Dix ans plus tard, l’impression numérique s’est implantée chez nous. Elle avait une vision très claire de la direction à suivre : s’efforcer de tisser des relations de proximité et de prendre soin des clients et des fournisseurs.

Je me dois de mentionner le soutien essentiel que mon père, Miquel Pujol, a apporté à ma mère tout au long de sa trajectoire à la tête de l’entreprise. À une époque où les hommes occupaient le devant de la scène, mon père non seulement l’a soutenue, mais il a également contribué à la valoriser. Ma mère, Gemma Romanyà, à 40 ans, en 1985. La rotative Strachan, achetée en 2002.

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Ma mère, Gemma Romanyà, à 40 ans, en 1985.
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La rotative Strachan, achetée en 2002.

Je m’appelle Elisenda Romanyà, et je suis arrivée il y a neuf ans, en mars 2017. Ma mère était alors déjà malade, elle nous a quittés en mars 2018.

Dans ces moments d’incertitude, on m’a demandé ce que je voulais faire ; j’ai répondu que je voulais tenter de poursuivre l’aventure. Plusieurs fois, on m’a demandé si j’allais vendre l’imprimerie, mais ma réponse est toujours restée la même : je veux continuer à défendre l’entreprise. Après avoir vu mon grand-père, mon oncle et ma mère se battre pour elle, je n’avais d’autre choix que de poursuivre ce combat.

J’ai repris une entreprise solidement établie, reconnue dans le secteur de l’édition catalan, avec une manière de faire bien définie. Une entreprise mature et respectée. J’ai cherché à y apporter un souffle nouveau, une autre manière de faire. Au fil des années, nous nous sommes modernisés, nous avons élargi nos capacités, nous avons amélioré notre efficacité interne et nous nous sommes efforcés de gagner en agilité et de rendre la production aussi durable que possible. Nous avons apporté des changements dans le processus de production pour le rendre plus respectueux de l’environnement (comme expliqué dans la section consacrée à la durabilité).

On m’a demandé parfois si, au fil des trois générations, le processus d’impression et de reliure des livres avait beaucoup changé. Oui, le processus a changé. J’aime beaucoup cette phrase de Tomasi di Lampedusa : il faut que tout change pour que rien ne change (Se vogliamo che tutto rimanga com’è, bisogna che tutto cambi.) Les choses ont beaucoup changé, mais l’esprit est resté le même : prendre soin de nos clients, prendre soin des livres que nous imprimons, comme si c’étaient les nôtres – ils portent notre nom.

Je pense que nous sommes en train de poser les bases pour inscrire durablement notre activité dans le XXIe siècle. L’objectif est d’assurer la pérennité de l’imprimerie, c’est une question évidente de survie. Pour y parvenir, je pensais qu’il fallait avant tout nous concentrer sur l’amélioration de la qualité des livres que nous imprimons et relions. Mais je pense aussi qu’à notre époque, les histoires revêtent une grande valeur, c’est pourquoi j’ai voulu raconter la nôtre. Notre imprimerie s’en trouvera peut-être renforcée, et rien que pour cette possibilité, cela en vaut la peine.

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Moi, Elisenda Romanyà, à 41 ans, en 2020.

Mars 2026

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